Ces Français qui bousculent, eux aussi, l’automobile et la mobilité

Dans tous les esprits, deux entreprises étasuniennes figurent en tête des « disrupteurs » du secteur de l’automobile et de la mobilité. La première est Tesla, qui produit, certes, encore peu d’automobiles (env. 80 000 en 2016) mais qui, comme on vous l’expliquait dans ce billet, engrange des monceaux de précommandes pour ses voitures électriques équipées d’un système de conduite autonome. La « breaking news » du printemps, c’est que, le 10 avril, la capitalisation boursière de la firme d’Elon Musk a (brièvement) dépassé celle de General Motors, après avoir dépassé celle de Ford. L’autre disrupteur, d’une toute autre nature, est évidemment l’incontournable Uber, non coté mais valorisé quelque 70 milliards de dollars, malgré ses incessants déboires dans un certain nombre de villes et de pays.

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La France a aussi ses disrupteurs !

On en parle évidemment beaucoup moins que de Tesla et d’Uber mais, nous avons en France quelques belles entreprises qui contribuent à faire évoluer l’écosystème de l’automobile et l’offre de services de mobilité. A défaut d’être valorisées des dizaines de milliards de dollars, elles bousculent l’ordre établi, progressent et affirment leurs ambitions à l’international. En voici 3 exemples.

Oscaro

Fondé en 2001 par Pierre-Noël Luiggi, Oscaro est aujourd’hui N°1 des accessoires et pièces auto neuves et d’origine sur Internet. Ah, bien sûr, l’e-commerce de pièces détachées, ce n’est pas ce qu’on fait de plus glamour et on ne voit pas en quoi c’est disruptif… Pourtant, avec la vente en ligne de pièces détachées, Oscaro n’en pas moins sérieusement dérangé les petites affaires des constructeurs qui tenaient jusque-là le monopole du commerce des pièces dites d’origine. Surfant sur la libéralisation de ce marché au sein de l’Union européenne en 2002, Oscaro s’est rapproché des équipementiers qui fabriquent ces pièces et des principaux grossistes, et les vend directement au consommateur sur le site oscaro.com, à des prix inférieurs de 40% à 60%, avec un succès qui ne se dément pas depuis bientôt 15 ans. Résultat : l’entreprise revendique d’avoir rendu plus d’un milliard d’euros de pouvoir d’achat aux consommateurs. Bien sûr, les garagistes, qui se fournissent parfois eux aussi chez Oscaro, ne voient pas d’un très bon œil que leurs clients se mettent à faire eux-mêmes toute une série de remplacements et de réparations qui faisaient tourner leur commerce…

Présent en France, en Espagne, en Belgique et aux Etats-Unis, Oscaro connaît une croissance à deux chiffres depuis sa création et a enregistré un chiffre d’affaires de 320 millions d’euros en 2016. Les recettes de son succès, au-delà des prix bas ? D’abord, un catalogue exhaustif, de l’ordre de 580 000 pièces, ce qui fait qu’on trouve forcément ce qu’on cherche. Ensuite, une logistique et une suply chain à toute épreuve. Enfin, un service client assuré par 180 passionnés de mécanique, doublé d’une communauté d’entraide très active qui compte des milliers de membres.

BlaBlaCar

N°1 du covoiturage payant en Europe, BlaBlaCar une des start-up françaises les plus visibles dans les médias, toujours friands de nouveaux usages éminemment sympathiques… et de levées de fonds de plus en plus substantielles : 600 000 euros en 2009, 1,2 million en 2010, 7,5 millions en 2012, 100 millions de dollars en 2014 et, dernière en date, 21 millions en 2016. Il faut bien cela pour marquer rapidement des points à l’international, racheter les éventuels concurrents locaux, et s’installer, 11 ans après sa création, sur la première marche du podium, avec aujourd’hui 40 millions de « covoitureurs » répertoriés. Pourquoi ça marche ? D’abord, parce que c’est dans l’air du temps. Ensuite, parce que les fondateurs de Blablacar ont compris très tôt que ce qu’on appelle « économie du partage » fonctionne, d’abord et avant tout, à la confiance entre les membres. Ils ont beaucoup investi dans ce domaine, mis en place un vrai service client, ce qui donne aujourd’hui tout son sens au prélèvement d’une commission. Deux mécanismes ont été décisifs dans le décollage de la plateforme :

1/ Faire payer les passagers au moment de la réservation – cela a fait chuté le pourcentage de voyageurs annulant au dernier moment ou ne se présentant pas, ce qui a eu pour autre effet de faire baisser les prix, les conducteurs n’ayant plus à craindre les annulations de dernière minute ; d’attirer une clientèle plus âgée, rassurée par la fiabilité du service.

2/ La notation des passagers par le conducteurs et vice-versa, qui élimine les mauvais joueurs et les tricheurs.

L’autre point fort de BlaBlaCar est sa capacité à nouer des partenariats avec des acteurs traditionnels, comme Axa ou Vinci Autoroute, et à se lancer dans de nouvelles activités, la dernière en date étant la location longue durée proposée aux conducteurs membres les plus assidus de la plateforme ! Une idée qui ne plait pas vraiment aux concessionnaires classiques…

Drivy

En 2010, Drivy a fait le pari que les propriétaires de voiture étaient prêts à louer leur véhicule à d’autres particuliers, plutôt que de la laisser dormir au garage ou au parking quand ils n’en ont pas besoin. L’attachement à la voiture n’étant plus ce qu’il était, notamment chez les jeunes actifs urbains, l’idée a commencé à séduire tant les propriétaires qui y voient un bon moyen de réduire leur budget voiture, que les locataires qui trouvent plus avantageux de louer ponctuellement la voiture dont ils ont besoin que d’en posséder une. Dans l’air du temps, le concept de location de voiture entre particulier a également séduit les investisseurs : Drivy a levé 2 millions d’euros en 2012, 6 en 2014, 8 en 2015, et, pour accélérer sa conquête européenne, 31 millions en 2016. A ce jour sur la plateforme qui compte un million d’utilisateurs, plus de 40 000 véhicules sont proposés à la location partout en France, en Allemagne, Espagne, Autriche et Belgique.

Si le concept ne nous paraît déjà plus très innovant, le nombre de propriétaires susceptibles de louer leur voiture à d’autres particuliers est loin d’avoir atteint ses limites. Dans son rôle de tiers de confiance, Drivy a parfaitement compris qu’il fallait d’abord les rassurer. Son partenariat avec Allianz lui permet de fournir toutes les assurances requises aux propriétaires comme aux locataires, le service client – une équipe de 15 personnes – étant toujours disponible par téléphone et par e-mail pour répondre aux questions, lever les incertitudes et résoudre les difficultés.

Ce ne sont que trois exemples parmi d’autres

Et si on vous en parle, c’est moins pour pousser notre petit cocorico (encore que…) que pour souligner à quel point le rapport à l’automobile est en train de changer et de remettre en question les positions acquises. Les acteurs historiques – constructeurs, équipementiers, réseaux de concessionnaires, garagistes, assureurs… – ont bien compris que la fascination pour l’automobile avait du plomb dans l’aile et que le coût de possession de cet ancien objet culte irait sans cesse diminuant. Ils s’y préparent, en investissant dans ces jeunes entreprises ou en les rachetant, tout en se battant sur le front de la voiture électrique, connectée et, un jour, autonome.

L’erreur serait cependant de croire que, d’ici 10 ans, plus personne n’aura de voiture. C’est ce que se racontent volontiers les habitants des grands centres urbains pour qui ne pas en avoir est d’ores et déjà facile – parce qu’ils peuvent se déplacer à vélo ou en transport en commun ou que d’autres, encore propriétaires, veulent bien partager la leur… Mais essayez de vous en passer si vous vivez en périphérie d’une grande ville, dans une ville moyenne ou dans une zone rurale. C’est tout simplement impossible. Comme le dit la conclusion de ce très bon article :

« La fin du mythe automobile, notamment pour les générations les plus jeunes, traduit un changement de mode de vie. Mais il n’efface pas les réalités économiques et territoriales. La voiture n’est pas près de disparaître des routes, même si elle ne fait plus rêver. »

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