Ni cash ni carte, le paiement mobile progresse

Tous les mois, on nous annonce de nouveaux modes de paiement : mobiles, sans contact, plus simples, plus rapides, plus sûrs, voire plus « discrets »… Les constructeurs de mobiles mènent l’offensive. Les opérateurs et les banques ne sont pas en reste, et on ne compte plus solutions proposées par les startups… Est-ce pour autant la fin de nos bonnes vieilles cartes de paiement et l’enterrement définitif de nos antiques billets de banque et pièces de monnaie ? Eh bien, pas vraiment…  C’est une chose d’annoncer un nouveau moyen de paiement, c’est autre chose de le faire adopter à grande échelle.

 

La déferlante des services « X Pay »

Du côté des constructeurs, une des dernières annonces en date émane de Samsung, dont le service Samsung Pay, déjà disponible en Angleterre et en Espagne, devrait arriver en France avant cet été. Un peu avant, probablement en avril, Google Pay (qui s’appelait auparavant Android Pay) sera lui aussi opérationnel en France. Le service équivalent d’Apple, Apple Pay, est disponible dans l’Hexagone depuis juillet 2016. Bref, le paiement mobile sans contact devient une fonctionnalité comme une autre de nos chers smartphones.

Pour qu’une solution de paiement mobile gagne du terrain, il faut d’abord que les consommateurs se fassent à l’idée de payer avec leur téléphone. Il y a 3 ans, les Français se montraient majoritairement réticents pour les raisons suivantes :

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Est-ce que ça a changé depuis ? Pas vraiment : en 2017, le nombre de paiements  mobiles est estimé à 1 million, un total dérisoire comparé aux quelque 11 milliards de paiements par carte bancaire réalisés par les Français en 2016.

Il y a de fortes chances que l’adoption du paiement mobile s’accélère. D’abord parce que les Français se sont habitués au « sans contact » quand ils paient par carte : 40 % des achats de moins de 20 euros réglés par carte bancaire le sont « sans contact ». Ensuite parce que le taux d’équipement des commerçants en terminaux de paiement NFC augmente : 40% des terminaux déployés intègrent cette technologie, soit 10% de plus qu’il y a un an. Enfin parce que, devant la prolifération d’applications de paiement mobile, les particuliers auront tendance à choisir celle d’un acteur qu’ils connaissent, en l’occurrence le fabricant de leur smartphone ou leur opérateur mobile.

 

La carte reste incontournable

Les solutions de paiement mobile présentent tout de même un défaut majeur pour les utilisateurs : elles ne sont pas universelles et restent liées à la possession non seulement d’un compte bancaire, mais aussi d’une carte de paiement. Avant de lancer ce type de service, les constructeurs et autres acteurs doivent nouer des partenariats avec un nombre suffisant de banques, car ce sont elles au final qui traitent les transactions. Si en tant que fan d’Apple, vous avez envie d’adopter Apple Pay, encore faut-il que votre banque fasse partie de celles avec qui Apple a des accords. Et si vous vérifiez ici, vous vous apercevrez qu’il n’y a pas tant que cela pour l’instant. Et comme de leur côté, les banques proposent leur propre solution de paiement ou s’associent pour en proposer une, la probabilité pour que toutes passent rapidement des accords avec Apple n’est pas très élevée…

De plus, pour utiliser la plupart de ces services, le consommateur est obligé de posséder une carte bancaire : lors d’une transaction mobile, c’est la carte qui est débitée. Et là encore, toutes ne sont pas acceptées : même si on n’a plus besoin de sortir le précieux petit rectangle de plastique, Visa et Mastercard restent incontournables… Heureusement pour les particuliers, les néo-banques sont de plus en nombreuses à proposer des cartes Visa et Mastercard gratuites, c’est même leur principale arme pour attirer de nouveau clients Ce qui explique qu’un tiers des Français détiennent désormais au moins 2 cartes bancaires.

On aurait bien tort de s’en priver : c’est le moyen le plus universellement accepté, en ligne comme dans le monde physique.

 

Le cash existe encore, mais pour combien de temps ?

En toute logique, depuis le temps que nous sommes pourvus de cartes et autres moyens de paiement électroniques, le cash aurait dû disparaître du quotidien des Européens. Il recule d’année en année, mais résiste somme toute plutôt bien. Si les Français passent régulièrement au distributeur de billets et ont toujours quelques pièces de monnaie au fond de leurs poches, le cash est en passe de disparaître en Scandinavie, notamment en Suède où il est frappé de suspicion et où il est devenu quasiment impossible de s’en procurer, même dans les agences bancaires. Résultat, on peut tout payer par carte : même les sans-abri qui vendent le journal Situation dans les rues de Stockholm acceptent les paiements par carte et sont pourvus à cet effet d’un terminal de poche.

La Chine fait partie des pays où le paiement en espèces recule à grande vitesse. Les Chinois ont massivement adopté le mobile et, dans la foulée, les solutions de paiement et de porte-monnaie électronique proposées par les géants du digital et du e-commerce. Ces solutions permettent de payer partout, comme nous vous le racontions dans ce billet.

Au niveau mondial, d’après l’édition 2017 du World Payments Report Capgemini –BNP Paribas, le volume des transactions non-cash a augmenté de 11,2% pour atteindre les 433,1 milliards, ce qui représente la plus forte hausse de la décennie. Cette croissance a été portée par les marchés en développement, qui ont progressé de 21,6%. Même si les données 2016 et 2017 sont des estimations, il n’est pas difficile de voir, dans le graphique ci-dessous, que c’est en Asie que les paiements non-cash progressent le plus fortement. Les marchés matures ont de leur côté enregistré une croissance de 6,8%, contre 6% en 2014.

Paiement non cash- monde CapGemini-BNP Paribas.jpg

Mais le même rapport nous apprend aussi qu’au niveau mondial, « malgré une adoption de plus en plus répandue des paiements digitaux, ceux en espèces restent prédominants, en particulier pour les transactions de faible valeur ».

On est au moins sur d’une chose très importante : ce n’est pas tout à fait demain que les petites souris qui mettent des pièces sous les oreillers de nos chers petits édentés ne pourront plus faire leur boulot. Sauf en Suède ;-)

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