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Business is business - Un bon emplacement coûte cher

Extrait du livre Business is business, édité par Malpaso et Diabolocom

L’emplacement pour un stand de hot-dogs se loue jusqu’à 250 000 dollars par an dans les parcs les plus fréquentés de New York.

L’acquisition de clients coûte cher et peut même atteindre des sommes extravagantes. Être situé au bon endroit, dans le monde physique comme dans le monde digital, représente un investissement réel, risqué car rien n’est jamais certain longtemps. New York donne une triple illustration de ces principes et règles qui ont donc leur corollaire : fidéliser est la clé. Dernier bouleversement, l’analyse des données est au cœur de la rentabilité.

Appelez-le le chariot à hot-dog qui vaut un demi-million de dollars. C’est quasiment en effet ce que doit vendre, en un an, Mohammad Mastafa d’Astoria, dans le Queens, en snacks et en boissons pour rentabiliser le stand de hot-dogs ambulant qu’il possède à l’angle de la Cinquième Avenue et de la 62e Est, à côté du zoo de Central Park. Il verse tous les ans 289 500 dollars au Service des Parcs de la ville, simplement pour avoir le droit… d’exploiter son stand.

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Ce chiffre qui peut sembler un montant exorbitant ne choque pourtant pas de nombreux autres vendeurs de nourritures qui, comme M. Mustafa, essayent d’exploiter leurs stands dans les parcs de New York. L’entrée du zoo est l’un des endroits où l’installation de stands ambulants est possible et qui a été attribué pour la plus grande somme, au terme d’enchères (parmi les 150 sites localisés à proximité des parcs publics) Les exploitants de quatre autres stands dans et autour de Central Park payent chacun plus de 200 000 dollars par an. En fait, les vingt licences les plus élevées, celles qui dépassent 100 000 dollars, concernent à New York des stands de Central Park.

« Ça fait beaucoup de cacahuètes, ça fait beaucoup de hot-dogs », souligne Elizabeth W. Smith, assistante en charge du marketing au Commissaire des Parcs Municipaux.

Cela fait surtout beaucoup de visiteurs en quête de nourriture. Pourtant, alors que les vendeurs sont intransigeants et ne dévoilent pas de détails sur leurs activités, il semblerait que la plupart des emplacements autorisés permettent à leurs détenteurs de dégager un certain profit. Sinon, ils ne susciteraient pas autant d’engouement lors des ventes aux enchères.

Le montant de la redevance annuelle que certains vendeurs proposent de verser à la ville a doublé, voire parfois triplé depuis une dizaine d’années. Il y a dix ans, la redevance payée pour un stand ambulant au Zoo de Central Park était de 120 000 dollars, moins de la moitié que ce qu’a récemment payé M. Mustafa. Le deuxième stand le plus cher est sur West Drive, sur la 67e, près de Tavern on the Green, où la redevance est de 266 850 dollars.

Pour d’autres parcs, surtout ceux en dehors de Manhattan, les redevances sont beaucoup moins élevées – 14 000 dollars à l’Astoria Park dans le Queens, 3 200 dollars au Maria Hernandez Park à Brooklyn, et 1 100 dollars au Pelham Bay Park, dans le Bronx. La redevance la plus basse, 700 dollars, est payée par le propriétaire d’un stand situé près du terrain de foot d’Inwood Hill Park, à Upper Manhattan.  Elizendo Vaquero, 50 ans, du Bronx, vend ici ses hot-dogs le dimanche aux joueurs de football depuis 1989 (et depuis 1997 avec une autorisation). « Tout le monde nous connaît ici, dit-il, c’est comme la famille. » Il dit qu’il enchérit un peu plus chaque année lorsqu’il est temps de renouveler le bail, mais qu’il gagne malgré tout entre 3 000 et 5 000 dollars par an grâce à son stand. « Je ne veux pas perdre cet emplacement », dit-il. « On doit payer l’employé, le permis, tout. Mais au moins on est heureux. On voit tout le monde. »

Les concessions de stands du Service des Parcs, qui sont mises aux enchères tous les cinq ans, rapportent chaque année plus de 4,5 millions de dollars au Fonds d’administration de la ville. Les vendeurs qui travaillent sur ces stands ne sont généralement pas les propriétaires. Ripan Alam, 31 ans, travaille généralement pour celui de M. Mastafa de 8h30 à 21h pendant l’été, et indique qu’il gagne environ 750 dollars par semaine, même si les recettes des ventes peuvent parfois fluctuer drastiquement. « Quand il pleut, parfois c’est vide, rien, zéro », a raconté l’autre jour M. Alam. « Souvent c’est vide. Lundi, Mardi, rien ».

Les opérateurs de ces stands se plaignent parallèlement de la compétition croissante avec des stands tenus par des vétérans handicapés, qui se positionnent sur les côtés des parcs et qui peuvent baisser leurs prix car la redevance qu’ils payent à la ville est limitée par une loi du 19e siècle.

Parfois, selon eux, d’autres personnes possèdent les stands et paient les vétérans pour les gérer. Cette relation indirecte est un problème dont ont conscience les fonctionnaires du Service des Parcs, mais qui n’empêche pas leur inaction, due selon eux au fait que la police a beaucoup plus de pouvoir qu’eux, qui plus est alors que la ville applique des jugements qui pourraient à l’avenir élargir encore les droits des vétérans. (Les stands de nourritures en dehors des parcs ont un système de licence géré à part, par le service de santé de la ville).

  1. Mastafa, comme d’autres exploitants de stands interrogés, a refusé de communiquer sur les gains que lui procure son stand. Dans le secteur, on soupçonne que cette méfiance soit liée à la peur de la compétition lorsque la licence expire et qu’elle est de nouveau mise aux enchères, de la confidentialité liée aux montants des impôts et les relations avec leurs grossistes.

Un de ses fournisseurs, Alex Rad, explique d’ailleurs que l’économie des stands ambulants est bien plus complexe que ce qu’il pourrait sembler. Pendant l’ouragan Sandy, l’année dernière, les parcs étaient fermés, et depuis l’attentat du Marathon de Boston, les vendeurs sont parfois chassés des rassemblements publics par la police. « Certains emplacements perdent de l’argent », dit M. Rad.

  1. Rad avait un partenariat avec la New York Picnic Company pour fournir de nombreux stands de Central Park. Il raconte que les exploitants de ces stands ont des coûts secondaires, comme environ 20 dollars à chaque livraison de glace dans la journée, et ce plusieurs fois par jour, mais aussi lors du transport des stands depuis des garages ou des entrepôts. Il estime que pour couvrir ses dépenses, le stand au zoo de M. Mustafa devrait générer plus de 425 000 dollars par an.

« On est en train de mourir », raconte Ranjit Dev, dont l’entreprise possède la licence de plusieurs sites intéressants dans et autour de Central Park. « Comment est-ce que je peux payer 180 000 dollars si je ne peux pas vendre ? Comment est-ce que je vais payer le loyer ? » Les chantiers à proximité du Metropolitan Museum of Art ont également contribué à diminuer les ventes à ce qui était auparavant un emplacement de choix.

New York est une ville de superlatifs, donc les 40 millions ou presque de touristes qui visitent chaque année Central Park achètent évidemment une quantité impressionnante de bouteilles d’eau, de glaces ou d’autres rafraîchissements. Les prix maximums en ce qui concerne les snacks et les boissons sont fixés par le Service des Parcs. Seubankar Ray, qui travaille à un stand sur Central Park West et la 72e raconte ainsi que l’eau en bouteille est son produit le plus vendu, même si parfois les New Yorkers tiquent sur le prix. « Ils disent ‘C’est 3 dollars ? oh mon dieu ! Je ne suis pas un touriste.’ »

En juillet, même à ce prix (le maximum pour une bouteille de de 75cl), il a vendu 15 caisses par jour. Un jour normal, il peut vendre jusqu’à 200 hot-dogs par jour à 2 dollars pièce. Il indique que les recettes peuvent aller de dollars par jour pendant un chaud week-end d’été à 200 dollars pendant l’hiver, quand il vend principalement des hot-dogs et des cacahuètes.

Un autre exploitant de stand, M. Amin, qui a accepté d’être identifié par son nom de famille, raconte que le stand qu’il gère sur West 67e Street et West Drive peut lui rapporter 50 dollars par jour en hiver, mais jusqu’à 2 500 dollars un samedi d’été.

Sur son stand, mais il n’est pas le seul dans ce cas, il n’y a pas si longtemps, des coureurs trempés de sueur finissant leurs tours commandaient des Gatorades glacés selon leur couleur – jaune et orange étaient leurs préférées – mais l’eau semble encore être un best-seller à certains endroits.

« Ce qu’on vend le plus c’est l’eau », nous a dit M. Alam. « Les enfants aiment les snow cones. Ceux qui ont plus de soixante ans, les Toasted Almond. La plupart des locaux aiment les hot-dogs. Les Italiens pensent que les saucisses sont grosses comme ça » - il écarte les mains d’environ 30 centimètres – « donc ils disent ‘Je peux en avoir un ? Ensuite, lorsqu’ils découvrent la taille réelle du hot dog, ils n’en veulent plus ! ».

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Extrait du livre Business is business, édité par Malpaso et Diabolocom,  en avril 2019. Auteur Manuel Jacquinet. http://www.malpaso.org/publications/